Bernard
BUFFET

(1928 - 1999)

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Tête de femme, 1953

Huile sur toile, signée et datée en haut à droite.
65 x 46 cm

Provenance
Galerie Drouant-David, Paris
Collection Jean Jansem, France
Galerie de Souzy, Paris
Collection particulière, France

Bibliographie
Bernard Buffet, Catalogue raisonné, vol.2, 1954-1958, Fonds de Dotation Bernard Buffet, 2019, reproduit en p.363.

Certificat d'authenticité établi par la Galerie Maurice Garnier.


En 1953, Bernard Buffet est déjà un artiste reconnu, malgré son jeune âge. Il a acquis une reconnaissance institutionnelle en remportant le Prix de la Critique en 1948 et en entrant, l’année suivante, à vingt-et-un ans à peine, dans les collections publiques.
Il a signé un contrat d’exclusivité avec une galerie importante qui le met à l’abri des tracas financiers. Reconnu comme la contre-figure de l’abstraction montante, sa peinture incarne l’austérité d’après-guerre qui imprègne la société française, encore très marquée par les années de conflit.

Buffet est très introduit auprès des milieux culturels de la capitale. Pourtant, en ce début des années 1950, le peintre ne travaille plus à Paris : il vit avec son compagnon Pierre Bergé dans une ancienne bergerie à Nanse, près de Manosque où réside également leur ami, l’écrivain Jean Giono.
Cet environnement rural le conduit à s’intéresser au paysage provençal, mais, dans cette retraite provençale, c’est surtout dans la solitude studieuse de l’atelier que Buffet poursuit ses recherches.

Les natures mortes continuent à l’occuper, avec leur chromatisme restreint, leur matière maigre, leur épure silencieuse mais néanmoins nerveuse dans la ligne, mettant la toile comme sous tension.
Cette esthétique va trouver un écho dans son travail sur les portraits, comme si la logique d’observation de l’objet se transférait vers la figure.

Dans une palette restreinte, avec un cadrage resserré qui annihile tout contexte narratif, les portraits de cette période, à l’instar de celui que nous présentons, prennent la dimension de figures totémiques. La frontalité est pleinement assumée et toute l’attention est dirigée sur le visage, sur cette expression caractéristique qui place le portrait dans un registre existentiel.
Le peintre fait ainsi de ses modèles, quel que soit leur sexe, des icônes de la désespérance
moderne.

Répétant le motif jusqu’à l’obsession, Buffet réalise plusieurs toiles presque identiques, à quelques légères variations de ligne près, qui modulent l’intensité de la figure.
Oeuvres presque méditatives, tout au moins de concentration, qui fixent la grammaire de l’artiste, elles servent de réservoir formel aux grands cycles narratifs qui suivront.